Un Nikon D3s vaut-il le coup en 2020 ?

Qui n’a jamais rêvé un jour ou l’autre de posséder ce qu’il se fait de mieux dans la gamme de la marque nippone ? Qui ne s’est jamais arrêté devant une vitrine et observer le fameux vaisseau amiral, que ce soit un D3, D3s, D4, D4s ou D5, en se disant un jour, il sera mien oh oui, un jour, il sera mien ? Petit bémol à nos doux fantasmes de photographe, je citerai en premier le coût de la bête à l’image du prochain D6 où il faudra débourser plus de 7000.-CHF…


Alors justement, d’où l’objet de cet article, peut-on toucher de ses doigts le St Graal sans se fâcher avec son banquier ? Oui en cherchant en occasion d’anciens modèles de la gamme D. Certes, il faut faire attention, car ce sont des appareils professionnels utilisés par des professionnels qui l’ont utilisé de manière professionnelle ou autrement dit de manière intensive d’ou parfois une certaine difficulté d’en trouver un avec un nombre de déclenchements raisonnable et dans un état soigné… J’ai vu passer l’autre jour sur Anibis un D3s qui annonçait 900 000 déclenchements, j’ai tout de même posé la question au vendeur s’il ne s’était pas trompé sur le nombre pensant plutôt à 90 000 déclenchements et que le vendeur avait fait une erreur de frappe. Non ce n’était pas une erreur… À savoir que Nikon annonce pour un D3 un cycle normal d’environ 300 000 déclenchements.

À qui s’adresse ce type de boitier ? Nous l’avons vu précédemment, à des photographes pro ou également à des photographes passionnés que vous êtes certainement en lisant ces lignes.
Que peut nous apporter ce type de boitier pro ? Auparavant, Nikon séparait ses différentes gammes pros et amateurs éclairés, nous avions d’un côté les D3, D3s, D4 et D4s et de l’autre les D600,D610, D700, D800, D810 et D750. Ces derniers mettaient en avant soit un nombre de pixels en constante évolution par exemple pour une utilisation studio, le D810, mais une rafale moins rapide, c’est-à-dire qu’un photographe devait choisir entre la résolution ou la rafale, studio ou reportage. Avec l’avènement du D850, le photographe n’a plus à choisir, car il a la résolution (45,4 Mpx) et la rafale pour du reportage (7 images par seconde et 9 avec la poignée MB-D18 comme le D700 d’ailleurs avec 5 images par seconde et 7 avec la poignée MB-D10, mais seulement 12Mpx).

Avec un D3, D3s (12,1Mpx), D4, D4s (16,2Mpx), vous avez la rafale, la construction monobloc version char d’assaut, mais pas la résolution et je ne rentrerai pas dans le débat de la course aux pixels.
Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le Nikon D3s annoncé le 14 octobre 2009, 2 ans après le D3. le D3s en reprend l’essentiel : module autofocus avec 51 collimateurs et suivi 3D, mesure d’exposition sur 1005 zones, double slot pour cartes CF, viseur 100%…
Mais la principale différence avec le D3 est sa montée en sensibilité grâce à l’évolution des algorithmes de développement, un buffer plus important pour la prise de vues en rafale, la vidéo en HD, le système anti poussière issu du D700 et non présent sur le D3 et l’arrivée du mode discret vu sur le D300s.
Venant du D700 à qui d’ailleurs le D3s reprend le capteur, j’étais assez circonspect sur ce que pouvait m’apporter un D3s. J’ai pas mal cherché sur internet avant de prendre la décision même si j’avoue que posséder un Nikon D l’emportait déjà avant toute raison technique, le coeur l’emportait déjà sur la raison…
Mais j’ai quand même lu un certain nombre de pages sur internet. En effet, la rafale à 9 i/s, une autonomie annoncée d’environ 4000 clichés avec une batterie En-El4a, une montée en sensibilité assez intéressante étaient les principaux arguments avancés par la bête.
En comparaison, le D700 annonce 5 i/s (7 i/s avec la poignée MBD10, mais qui fait qu’en termes d’encombrement, vous vous retrouvez avec un D3s), une autonomie de 1800 clichés et une sensibilité ISO en natif de 200-6400 ISO et dans la réalité, je ne dépassais pas les 3200 ISO.
Et c’est justement sur la montée en sensibilité que le Nikon D3s frappe fort !
Sur le papier, le Nikon D3s annonce 200-12800 Iso en natif (100-102400 en étendue). D’ailleurs, il est intéressant de noter que pour une fois, on a un appareil qui assume les chiffres annoncés concernant la montée en sensibilité. J’ai vu tant d’appareils photo qui annonçaient des montées en iso de folie et qui ne tenaient pas leur promesse au quart de ce qui était annoncé…
Nous allons voir cela en image et pour cela, rien de mieux qu’un des clichés du photographe animalier Vincent Munier à qui Nikon avait confié un Nikon D3s de présérie. Vincent Munier déclarait à propos de cette photo lors de la présentation du Nikon D3s : “Pour cette photo, je ne voyais pratiquement pas l’ours dans le viseur.”

Crédit photo : Vincent Munier. Photo prise à 12 800 ISO.

La montée en sensibilité, vous l’aurez compris est le point fort sur le Nikon D3s et pour avoir testé le D500 à cette sensibilité, le Nikon D3s n’a pas à rougir, loin de là.

Sur la page produit sur le site de Nikon pour le D3s (comme pour le D700, d’ailleurs) il est indiqué : « Système de traitement d’image EXPEED avec conversion A/N sur 14 bits et traitement d’image sur 16 bits, pour de superbes dégradés. » Et aux premiers clichés, j’ai trouvé mes images mieux équilibrées concernant l’exposition, une impression d’images plus claires, des dégradés également mieux équilibrés comparés au D700 certainement dus au traitement Expeed (intégré pour la première fois sur le D3 et le D700) sur 16 bits. Cela ne pouvait venir du moniteur ACL VGA 3 pouces de 920 000 pixels puisque le D700 et le D3s embarquent ce même moniteur. Oui, mais non, puisque le D700 embarque le même Expeed (semble-t-il). Après quelques recherches, je me suis aperçu que le Nikon D3s embarque un Expeed préversion 2, j’emploie le terme préversion 2, car l’Expeed 2 est capable de gérer le 1080p hors le Nikon D3s n’est capable que de 720p. Donc j’en déduis que nous avons affaire à un Expeed 1 amélioré tout simplement et ce ne sont que mes premières impressions, mais je trouve que l’amélioration de cet Expeed est notable.

Un petit reproche tout de même, je n’ai pas retrouvé la grille dans le viseur que j’utilisais sur le Nikon D700. Certes, cette fonction n’est pas vitale, mais mon oeil s’était habitué à cela.
J’attire votre attention concernant les batteries En-El4a, il est probable qu’elles ne seront pas neuves et qu’elles n’assureront pas le maximum de leur performance soit les 4000 clichés annoncés. Peut-être qu’il faudra en racheter au moins une. Vous trouvez encore des neuves d’origine Nikon au prix d’environ CHF 130.-.

Et pour terminer, je me suis demandé si mes cartes mémoire en l’occurrence des Compact Flash Sandisk Extreme (vitesse d’écriture selon le site de Sandisk : 60 MB/s) seraient à la hauteur de cette bête de course concernant la rafale ou si je devais réinvestir dans des cartes mémoire plus rapides en écriture.Pour rappel, l’appareil photo écrit d’abord dans sa mémoire tampon ou buffer et ensuite écrit sur la carte mémoire. Le Nikon D3s est capable d’enchainer en continu jusqu’à 130 images en JPEG et 43 images en RAW 12 bits et 36 images en RAW 14 bits. Ce qui nous intéresse dans ce cas précis, c’est la vitesse d’écriture du buffer sur la carte mémoire. Nikon ne semble pas avoir communiqué à ce sujet, j’ai tout de même trouvé différentes valeurs de vitesse d’écriture sur internet qui varient autour de 30 à 40 MB/s. Sur le papier, mes Compact Flash Sandisk Extreme semblent suffire. J’ai tout de même effectué un test avec une carte Sandisk Extreme (vitesse d’écriture 60 MB/s soit 400X) et une carte Extreme Pro (vitesse d’écriture 150 MB/s soit 1000x).

J’ai déclenché en continu pour voir tout simplement comment la rafale se comporte pendant le remplissage du buffer. Si celle-ci faiblit avant les 36 clichés RAW 14 bits effectués, c’est que la vitesse d’écriture sur la carte Compact Flash n’est pas assez rapide
Avec la Sandisk Extreme Pro, il n’y a pas de surprise, les 36 clichés (plus précisément 35 pour moi) sont enchainés sans aucun ralentissement.
Avec la Sandisk Extreme, les 35 clichés sont également enchainés avec un léger retard entre deux clichés au premier tiers et deuxième tiers de l’exécution soit au cliché 12 ou 13 et au cliché 24 ou 25. La Sandisk Extreme passe, mais doit être à la limite du vidage du buffer par rapport à sa vitesse d’écriture.

Alors ? Est-ce que cela vaut le coup de craquer pour un D3s ?
Cela dépendra toujours de vos attentes :
Pas de Bluetooth, pas de wifi, « seulement » 12 Mpx, pas de 4k, pas de couverture totale de l’autofocus sur l’image, pas de suivi autofocus sur l’oeil, pas de moniteur tactile, pas de boutons qui s’éclairent dans la nuit, etc. Vous n’aurez pas toutes ces technologies, mais en a-t-on vraiment besoin ?
Pour ma part, je réponds non pour toutes ces technologies et oui sans hésitation pour le fait de craquer pour un D3s, cela vaut le coup pour différentes raisons :

  • Un appareil photo qui, il y a 10 ans était ce qu’il se faisait de mieux en haut de gamme
  • Un prix décent en occasion (CHF 5200.- à sa sortie), on en trouve encore avec un nombre de déclenchements inférieur à 50 000.
  • Des performances qui sont encore d’actualité, en l’occurrence la montée en sensibilité
  • Le plaisir d’avoir le vaisseau amiral de Nikon entre les mains, certes il pèse son poids, mais il est quasiment indestructible. Je suis de la génération où on considérait que plus c’était lourd, plus c’était costaud.
  • Un autofocus toujours aussi performant 10 ans après et qui tiens toujours la route pour de la photographie animalière ou sportive. J’avoue être impatient d’aller le tester en bord de piste.
  • Une qualité d’image vraiment bonne, supérieure au D700
  • Une autonomie qui peut être intéressante sur de gros événements.
  • Couverture de l’image à 100% dans le viseur
  • Étanchéité et tropicalisation complète de l’appareil

Je vous propose maintenant de se revoir en 2022 pour un D4 sorti en 2012 ou en 2024 pour un D4s sorti en 2014 pour savoir si 10 ans plus tard, ils vaudront toujours le coup ?!?!

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