Photographie en sport auto, notions et technique

Passionné de sport automobile et photographe, ces 2 passions peuvent se conjuguer à merveille. Cependant face à des bolides qui montent à des vitesses folles, le photographe a parfois du mal à saisir ces derniers et les figer sur la carte mémoire. Cadrage, netteté, exposition ne sont pas toujours au rendez-vous. Nous allons voir dans cet article, quelques notions et bases techniques pour réussir ses clichés.


De prime abord, je tiens à rassurer les photographes de toutes sortes, ce n’est pas l’appareil photo qui vous garantit les meilleurs clichés. Souvent, j’entends ici et là que le fait d’avoir le dernier appareil photo et souvent le plus cher fait que le photographe ne sortira que des bons clichés. Eh bien non ! Certes celui-ci peut lui aider à obtenir certains clichés, mais ne fera pas tout. Quel que soit l’appareil photo que vous possédez, vous en obtiendrez toujours quelque chose.

En 2015, j’avais encore un Nikon D200 et voilà ce que je sortais en photo aux 24 heures du Mans. J’avais tout de même investi quelques années auparavant dans un 50-500 sigma, mais je n’avais que 10 Mpx et un autofocus qui n’était soi-disant pas assez rapide pour attraper ces bolides au vu des boîtiers existants et plus performants sur le marché à ce moment-là.

Apprenez à vous servir de votre matériel et n’ayez pas honte parce que votre voisin de tribune a mieux que vous, car la différence, c’est vous qui la ferez avec votre expérience, un peu de technique, de la réflexion et de l’apprentissage. Oui, il faut apprendre et ce n’est pas si compliqué même si la photographie est un métier, elle est également un hobby où chacun peut se faire plaisir sans forcément y investir trop de temps ou d’argent. J’ai attrapé le virus du Mans en 2007. J’y étais allé avec un 70-300 et je n’ose même pas vous montrer quelques clichés. En gros, je tapais à 1/8000 s pour être sur de la netteté bref…. j’y suis retourné en 2008 et là j’ai commencé à m’amuser derrière l’objectif tout en sachant ce que je voulais capturer.

Je tape en moyenne entre 4000 et 5000 photos sur les 24 heures du Mans. Certes je ne dors que 2 heures, ce qui me laisse pas loin de 22 heures de photos et surtout de course.
Combien pensez-vous que j’en sélectionne ? En moyenne, j’en sélectionne entre 100 et 200.
Je les sélectionne simplement pour l’effet waouhhhh qu’elle me procure et par la composition, l’ambiance et bien sûr la réussite du cliché, mais ceci n’est que mon choix et ce que je veux montrer. Et vous, que voulez nous montrer à travers vos clichés ?
Quand vous déclenchez, ne faites pas simplement qu’appuyer sur le bouton, allez chercher le cadrage et ce qui fait que vous « tripez » ce moment. Nous allons donc voir comment vous aider à améliorer votre technique photo.

D’abord, utilisez le format RAW, arrêtez le JPEG. Pour résumer, le format RAW est un format non destructeur qui vous permettra une meilleure retouche, une meilleure dynamique des couleurs. En JPEG, ce format est compressé donc vous perdez déjà à la prise de vues, des informations numériques sur votre cliché. Vous pouvez voir dans un article précédent comment appréhender les bases de la retouche à partir de vos clichés en RAW (voir ICI).

Autre point intéressant sur le RAW, comme c’est un format non compressé, il vous permet de refaire des retouches à l’infini sans jamais abîmer le fichier original. Il m’arrive régulièrement de retoucher d’anciens clichés, car ma technique et ma sensibilité ont évoluées.
Autre point important à mes yeux est d’effectuer les meilleurs clichés possibles, je m’explique ; mes clichés doivent être bons à la prise de vues, un mauvais cliché ne deviendra jamais une œuvre d’art grâce à Photoshop.
J’exécute essentiellement mes clichés en mode priorité vitesse ou Manuel. À savoir qu’aux 24 Heures du Mans, les voitures ont les phares allumés en plein jour et que le risque est que vos clichés soient sombres, ceci est du à la mesure de l’exposition de votre appareil (mesure matricielle, pondérée centrale ou spot). Voir explication ICI.
Bien évidemment, il est préférable de passer en mesure matricielle. Je vous conseille également de passer en mode Manuel, d’utiliser la sensibilité ISO Auto qui compensera automatiquement si votre couple vitesse ouverture ne vous donne pas la bonne exposition.
Si vous souhaitez plus d’explications concernant le triangle infernal que sont la vitesse, l’ouverture et la sensibilité, vous trouverez plus d’infos ICI.

Intéressons plus précisément au cadrage, réfléchissez à ce que vous voulez capturer, le pilote ou la voiture, un détail de la voiture ou autres, réfléchissez et visualisez vos clichés ! Trouvez le bon endroit pour prendre vos photos, repérez le tracé du circuit et prévoyez vos prises de vues par rapport à la position du soleil, vous pouvez utiliser par exemple, l’application Photopills pour prévoir la position du soleil. (voir ICI)

C’est un des points le plus important à considérer. Que voulez-vous voir sur vos photos ?
Vous souhaitez des ambiances générales de course, des voitures en pleine action à un point de freinage ou des cadrages plus serrés sur le pilote ? À vous de déterminer ce que vous voulez attraper en photo. Pour ma part, mon trip est de cadrer serré à 300 ou 400 mm sur le pilote lancé à 200 km/h au bout du Tertre Rouge à l’image de la première photo illustrant cet article. Mais pas seulement, les photos de nuit pendant les 24 heures du Mans sont extraordinaires à faire même si 1 sur 10 ou 20 est exploitable.
Une fois que votre programme photo est prêt, occupez-vous de vos pieds ! Oui, oui vous avez bien lu ! Il est important d’être bien dans ses chaussures ! Prenez le circuit des 24 Heures du Mans (13.629km pour rappel), il y a plein d’endroits intéressants pour shooter d’où la nécessité d’avoir de bonnes chaussures bien confortables.

Vous êtes en place, la course a démarré, on va commencer à shooter ! Suivant le poids de votre matériel (boîtier+téléobjectif), je vous conseille fortement l’achat d’un monopode couplé à une rotule mono axe qui va vous permettre d’une part de gagner en agilité et surtout en vitesse de déclenchement pour aller chercher le « filé » (descendre sur des vitesses plus lentes pour obtenir un effet de mouvement du sujet principal en l’occurrence la voiture) et d’autre part en fatigue, car la majorité des zooms à grandes focales pèsent assez lourds.
Passez en mode vitesse et démarrez sur une vitesse à 1/500s, vous serez sûr de la netteté de vos photos et vous aurez déjà un effet de vitesse. Il ne sert à rien de monter en vitesse à 1/4000s, vous n’aurez qu’un cliché certainement net, mais sans aucun effet de vitesse avec les roues fixes…

Positionnez-vous face à la piste pour que votre corps puisse pivoter dans le sens de la course.
Anticipez la trajectoire de la voiture, suivez cette dernière derrière le viseur et anticipez votre déclenchement. Calez votre autofocus sur la voiture à plusieurs dizaines de mètres avant l’endroit où vous souhaitez déclencher, pour permettre à celui-ci de se caler à la bonne mise au point, ceci dans le cas où vous êtes prés de la piste. D’ailleurs il ne faut pas confondre flou artistique et mise au point qui ne s’est pas faite correctement…
Au sujet de la rafale, à vous de trouver le bon compromis, je suis partisan d’un bon cliché plutôt qu’une dizaine de mauvais clichés, ceci dit, la rafale peut vous aider à aller capturer le bon cadrage. Faites travailler votre œil, allez chercher votre cliché, ne laissez pas l’appareil faire votre boulot à votre place ! Il vous faudra de l’entraînement, c’est certain, je me souviens encore du mon tout premier grand prix de F1 où je fus incapable de sortir un bon cliché parce qu’ils allaient trop vite, aucun cliché n’était correctement cadré…
Puis descendez progressivement en vitesse pour aller chercher le filé. Faites attention tout de même, car un cliché paraissant net sur l’écran de votre appareil ne l’est pas forcément sur l’écran de votre ordinateur.
Quant à l’autofocus, préférez soit un suivi 3D avec un autofocus en continu si votre autofocus peut suivre ou suivant votre positionnement autour de la piste ou alors choisissez, solution que j’utilise moi-même, un nombre de collimateurs moindre et une zone AF élargie et positionnez votre collimateur à l’endroit où vous souhaitez faire votre mise au point. Suivant l’appareil, vous gagnerez en vitesse de mise au point. Je règle également mon appareil pour qu’il déclenche uniquement quand la mise au point est faite, cela m’évite des dizaines de clichés flous.

La photo illustrant cet article a pour vitesse 1/320s, j’ai calé mon collimateur sur le milieu de la voiture et cette photo a été prise à travers le grillage avec un 50-500mm Sigma F4/6.3 à 320mm.

Vous vous demandez comment faire à travers le grillage, celui-ci n’est pas un problème avec une grande focale ! Approchez-vous du grillage et zoomez, celui-ci devient quasiment invisible même si vous suivez le mouvement de la voiture. Mais attention, plus vous montez en focale et descendez en vitesse, plus vous risquez un flou de bouger même si la stabilisation (vérifiez si votre objectif est stabilisé ) vous aidera à gagner 3 à 4 vitesses en règle générale.

À savoir qu’il existe une règle concernant la focale ou plus précisément l’inverse de la focale qui indique que le temps de pose minimal pour éviter le flou de bouger doit être inversement proportionnel à la longueur focale de l’objectif. Prenons par exemple un téléobjectif à 500mm, ce qui veut dire que vous ne devriez pas descendre en dessous de 1/500s à cette focale pour éviter le flou de bouger. Cependant les règles sont faites pour être transgressées, d’autant plus si votre objectif est stabilisé.

Quant au choix du téléobjectif, lisez les tests parus dans la presse ou sur internet pour vous faire une idée, vous avez le choix ; Nikon 200-500 (voir ICI), le Tamron 150-600 G2 (voir ICI) et les Sigma 150-600 Contemporain et Sport ou le Sigma 60-600 entre autres.

Prenez également en compte que la taille de votre capteur sur votre reflex a une incidence sur votre focale. En effet si vous êtes en APS-C, il faut prendre en compte le coefficient multiplicateur qui est de 1,5 chez Nikon, 1,6 chez Canon. Par exemple, un 200-500mm Nikon sera équivalent à un 300-750mm monté sur un APS-C.

N’oubliez pas bien sûr, sur une course d’endurance, d’emporter plusieurs batteries et une carte mémoire de secours au cas où….

De la réflexion, de l’humilité, un oeil, de l’entraînement, de l’expérimentation, un peu de technique vous aideront à faire d’excellents clichés de pilotes et voitures lors de passionnantes courses.
D’ailleurs je vous encourage si possible à ne pas recadrer en post traitement vos photos, vous perdriez en qualité de photos et obligez vous à aller chercher le bon cadrage à la prise de vues, vous n’en serez que plus fier du résultat obtenu, je me souviens encore du moment où j’ai déclenché et capturé le regard de certains pilotes, fixant la bonne trajectoire…

Il est intéressant également de regarder ce que d’autres photographes font, je vous conseille par exemple de regarder sur Flickr, vous trouverez plein de clichés d’autres passionnés et surtout de regarder les exifs des photos, c’est une bonne source d’inspiration, de compréhension et de réflexion pour vos prochaines courses. Vous trouverez également beaucoup de clichés dans des groupes Facebook tel que 24 Heures intensé Mans (voir ICI) sur lequel je publie régulièrement.

À bientôt au bord de la piste !

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L’analphabète de demain ne sera pas celui qui ignore l’écriture, mais celui qui ignore la photographie. László Moholy-Nagy 1928

L’illettré de demain pourrait bien être celui qui possède le plus gros, le plus beau stylo-photo… Olivier C. 2020

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